Conditions de travail décentes
Pour le salaire minimum à 15 $ l’heure
Des gens se tiennent debout et tiennent une bannière 5-10-15

Exigeons le salaire minimum de 15$ l’heure!

Hausser le salaire minimum à 15 $ l’heure est le premier élément qui doit être mis en place pour offrir des conditions de travail décentes à tous les travailleurs du Québec.

La hausse du plancher salarial est essentielle pour augmenter le niveau de vie de nombreux travailleurs et de nombreuses travailleuses, notamment pour ceux et celles qui sont surreprésenté-e-s dans les emplois mal rémunérés, comme les femmes ou les personnes immigrantes. Il est inacceptable que des individus travaillent, même à temps complet, sans pouvoir se sortir de la pauvreté. Mieux payer le travail n’est pas une question de luxe, mais de condition décente de vie et de dignité. Sortir de la pauvreté ne veut pas dire survivre, mais bien profiter de la vie.

En 2019, sur les 266 100 personnes travaillant au salaire minimum :

  • 41,9 % étaient des hommes ;
  • 58,1 % étaient des femmes.

Il faut combattre le préjugé qui dit que les emplois les plus notables sont ceux qui devraient être les mieux rémunérés. Personne ne devrait travailler dans des conditions qui la maintiennent dans la pauvreté parce que son emploi « vaudrait moins » : le droit de vivre décemment grâce à de bonnes conditions de travail appartient à tous et à toutes, et concerne tous les emplois. Il est d’autant plus ironique que de nombreux emplois jugés essentiels soient mal rémunérés. En haussant le salaire minimum à 15 $/h, on fait un pas supplémentaire vers une réelle reconnaissance du travail accompli et l’atteinte du droit à des conditions de travail décentes.

Faisons sauter le verrou Fortin

En 2016, l’économie Pierre Fortin a jeté un pavé dans la marre en avançant que si le salaire minimum dépassait la moitié du salaire horaire moyen de la province, il s’ensuivrait une perte de 8 000 emplois par point de pourcentage au-delà de ce ratio, et l’attrait des emplois bien payés encouragerait le décrochage scolaire. Encore aujourd’hui, les gouvernements québécois visent ce ratio de 50% pour déterminer les hausses annuelles du salaire minimum.

Un tel verrou est trompeur. La formule employée par Fortin ne comprend pas les salaires hebdomadaires pour déterminer le salaire moyen. Or, ces salaires sont généralement plus élevés que les salaires horaires. Si on intégrait ces salaires, le seuil de la moitié du salaire horaire moyen serait plus élevé, laissant une plus grande marge de manœuvre pour augmenter le salaire minimum.

Le salaire minimum de cinq provinces (Île-du-Prince-Édouard, Nouvelle-Écosse, Nouveau-Brunswick, Alberta et Ontario) dépasse le seuil de 50% du salaire horaire moyen, sans engendrer nécessairement des impacts négatifs majeurs sur l’emploi. Qu’est-ce qui nous retient au Québec ?

Si la hausse du salaire minimum va augmenter le pouvoir d’achat des individus, il ne faut pas toutefois qu’on réduise du même coup les autres mécanismes de l’État pour réduire les inégalités, soit les services publics et la fiscalité progressive. Les prétentions patronales affirment que ce n’est pas la hausse du salaire minimum qui est requise pour sortir de la pauvreté, mais plutôt une seule révision de la fiscalité afin d’alléger les impôts et réduire la taille de l’État. Agir de la sorte ferait reposer sur les épaules de l’ensemble de la société la responsabilité qui doit revenir à ceux qui ne paient pas correctement leurs salariés et désolidariseraient les plus fortunés. Qui plus est, la fiscalité ne permet pas de payer l’épicerie chaque semaine : plutôt que d’équilibrer les richesses par seulement des retours d’impôts annuels, on parviendrait bien mieux à stabiliser sa vie par le biais d’un salaire régulier plus élevé. À cet égard, tout en demandant la hausse du salaire minimum à au moins 15 $/h, nous défendons tout autant que le gouvernement assume pleinement sa responsabilité de réduire les inégalités socioéconomiques.

La conciliation famille-travail-étude: pour un horaire de travail adapté

La conciliation famille-travail-étude: pour un horaire de travail adapté

Si hausser le salaire minimum est nécessaire pour élever le niveau de vie des travailleurs et des travailleuses, d’autres avenues sont requises pour rendre le travail plus décent. Parmi celles‑ci, on retrouve en tête de file l’importance de revoir le régime de travail afin d’accommoder les horaires de travail pour les travailleuses et les travailleuses œuvrant dans des relations d’emplois atypiques, aux prises avec des contraintes particulières ou en situation de vulnérabilité. Viser une meilleure conciliation famille-travail-étude (CFTE) est la voie à suivre pour soutenir ces travailleuses et les travailleurs.

La conciliation famille-travail-étude (CFTE) comprend l’ensemble des dispositions visant à trouver un équilibre entre différentes contraintes qui empiètent sur notre temps. Alors que la sphère travail fait évidemment référence au travail salarié, la sphère de la famille réfère aux soins accordés aux enfants ou aux parents, ainsi qu’au travail domestique. La sphère des études, finalement, comprend l’ensemble des activités d’apprentissage en milieu académique ou de formation en emploi.

La majorité des emplois créés au Canada ne présente plus la relation d’emploi typique, fondée sur la permanence d’emploi, le travail à temps plein, pour un même employeur et dans un lieu précis. On s’attend de la main-d’œuvre à ce qu’elle soit plus flexible. Or, la Loi sur les normes du travail (LNT) protège mal ces relations atypiques d’emploi, notamment sur le plan des horaires de travail. Un ou une salarié.e, surtout ceux et celles qui ne sont pas syndiqué.e.s ou dont les horaires de travail sont mal encadrés, peut difficilement refuser d’effectuer des heures supplémentaires avant d’atteindre le seuil de plus de deux heures au-delà de ses heures habituelles, ou 12 heures si l’horaire de travail n’est pas régulier.

En d’autres termes, pour celles et ceux œuvrant dans un milieu de travail atypique, les pressions sont grandes pour joindre les exigences professionnelles, familiales et de formation. Ces pressions sont encore plus grandes pour les personnes vulnérables ou aux marges du marché de l’emploi. Par vulnérable, on entend les personnes œuvrant dans des milieux professionnels peu payés, atypiques, demandant souvent un bas niveau de qualification et sans couverture syndicale. Quant aux personnes aux marges du marché de l’emploi, pensons entre autres aux personnes immigrantes et aux personnes en transition de l’aide sociale à l’emploi. Les besoins de ces travailleuses et de ces travailleurs sont plus complexes. Or l’organisation du travail atypique étant peu encadrée, ces dernières et ces derniers seraient les premières et les premiers bénéficiaires d’un meilleur encadrement de la CFTE.

Qui plus est, les femmes sont surreprésentées dans ces catégories d’emploi. Et comme les femmes assument encore malheureusement la majeure partie des charges domestiques et familiales, la question de la CFTE est encore plus importante pour ces dernières. Pensons aussi aux mères travailleuses monoparentales. En d’autres mots, les femmes, toujours surreprésentées dans des emplois vulnérables et plus présentes que les hommes dans les marges du marché de l’emploi, sont affectées par une combinaison de plusieurs facteurs qui leur mettent une pression plus importante pour elles que pour les hommes pour concilier divers aspects de leur vie professionnelle, familiale et personnelle. En ce sens, si bonifier la CFTE bénéficiera à l’ensemble de la main‑d’œuvre québécoise, il s’agit avant tout d’un enjeu féministe essentiel à l’atteinte de l’égalité entre travailleuses et travailleurs.

En 2019 et selon l’enquête sur la qualité de l’emploi au Québec de l’Institut de la statistique du Québec :

  • Si les travailleuses occupent en plus grand nombre que les hommes des emplois de qualité…
  • Les travailleuses occupent aussi en plus grand nombre que les hommes des emplois de mauvaise qualité.

La CSD revendique 

La CSD revendique que le salaire minimum soit porté minimalement à 15 $/h et, plus largement, que l’État s’assure que tous et toutes disposent d’un salaire décent permettant de sortir de la pauvreté.

Hausser le salaire minimum est nécessaire, mais d’autres avenues doivent être empruntées pour offrir des conditions de travail décentes à tous et toutes.

En ce qui a trait à la CFTE, la CSD revendique la bonification des mesures de conciliation déjà existante, la mise en place de mécanismes au sein des milieux de travail favorisant la conciliation et l’adaptation des horaires de travail, la sensibilisation accrue auprès des employeurs et l’instauration d’une loi-cadre en matière de CFTE. Elle rejoint en ce sens les revendications de la Coalition pour la conciliation famille-travail-étude, dont elle est membre.

Finalement, la CSD est membre de la Campagne 5-10-15 et revendique:

  • Le droit de connaître son horaire de travail 5 jours à l’avance.
  • L’instauration de 10 jours de congé payé pour cause de maladie ou de responsabilité familiale par année.