À l’occasion de la Journée commémorative des personnes décédées ou blessées au travail, la Centrale des syndicats démocratiques (CSD) dresse un constat sévère : cinq ans après l’adoption du projet de loi 59, devenu la Loi modernisant le régime de santé et de sécurité du travail, la réforme n’a pas permis, sans surprise, le virage nécessaire en prévention.
Pour la CSD, les données lésionnelles de 2025 montrent que le régime demeure sous pression et que la réforme adoptée par Québec en 2021 n’a pas contribué à améliorer la situation, au contraire.
« Plus de décès, aucune véritable réduction du nombre de lésions, des coûts en hausse et des délais qui s’allongent : ce n’est pas ce qu’on appelle une réforme réussie. Et ce n’est pas étonnant. Tant que l’on continuera de penser ce régime d’abord comme un mécanisme d’assurance plutôt que comme un véritable outil de prévention, nous ne verrons pas la situation s’améliorer », affirme Luc Vachon, président de la CSD.
Des décès en hausse
La CSD juge particulièrement préoccupante la hausse du nombre de décès liés au travail. En 2025, le nombre total de décès passe de 246 à 257. Il s’agit du pire bilan observé depuis au moins 2002. Surtout, cette hausse s’explique par une forte progression des décès causés par un accident du travail, qui passent de 74 à 91, soit une augmentation de 23 %.
« Quand on regarde de plus près les chiffres, ce qui saute aux yeux, c’est que la situation se détériore du côté des accidents mortels. On est très loin d’un bilan qui permettrait de parler d’un succès de la soi-disant modernisation du régime de santé et de sécurité du travail », insiste Luc Vachon.
Dans le secteur de la construction, les données sont tout aussi préoccupantes : les lésions acceptées augmentent de 4,9 %, tandis que les décès par accident passent de 16 à 22, une hausse de 37,5 %. La hausse notable des décès causés par une chute ou un accident de transport rappelle que les risques les plus connus demeurent encore trop souvent mal maîtrisés.
« Alors que ce bilan devrait pousser le gouvernement et l’ensemble des acteurs à renforcer la prévention sur les chantiers, Québec persiste plutôt avec son dernier projet de loi, le projet de loi 27 dans une logique de déréglementation. Ce que ce projet de loi propose, c’est ni plus ni moins que le retrait des représentants en santé et sécurité à temps plein dans plus de 85 % des chantiers. Il est profondément irresponsable d’alléger encore les mécanismes de prévention dans un secteur aussi dangereux où les décès par accident continuent d’augmenter », ajoute Luc Vachon.
En ce Jour de deuil, la CSD rappelle que derrière les bilans annuels se trouvent des vies fauchées, des blessures irréparables et des familles bouleversées. Les données de 2025 donnent à cette journée une résonance particulièrement lourde.
« Derrière ces chiffres, il y a des travailleuses et des travailleurs qui ne rentrent pas chez eux et des familles qui ne seront plus jamais les mêmes. Il est plus que temps que la prévention devienne une véritable priorité », insiste Luc Vachon.
Revenir à une vraie logique de prévention
Pour la CSD, le bilan de 2025 montre que la Loi modernisant le régime de santé et de sécurité du travail n’a pas permis de renforcer suffisamment la prévention dans les milieux de travail. La centrale syndicale demande au gouvernement et à la CNESST de reconnaître que le régime doit être corrigé afin de revenir à sa mission de mieux protéger les travailleuses et les travailleurs.
La CSD réclame notamment des investissements plus importants en prévention, un renforcement réel des mécanismes de prévention, une attention particulière aux secteurs à haut risque, comme la construction, le renforcement de l’inspectorat, ainsi qu’un meilleur accès aux recours et aux services pour les personnes accidentées ou malades.
« Le Québec mérite mieux qu’un régime qui se contente de gérer mieux les conséquences des lésions. Tant que l’on continuera de traiter la santé et la sécurité du travail d’abord dans une logique assurantielle, on passera à côté de l’essentiel. Il faut cesser de faire semblant et remettre la prévention au cœur des priorités si on veut réduire les accidents dans les milieux de travail et obtenir des chiffres qui sont moins honteux », conclut Luc Vachon.


