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La Base

Charlotte Mailloux, Comité consultatif 45+, à propos des stéréotypes liés à l’âge

Par Jacqueline de Bruycker

Les stéréotypes, les préjugés à l’égard des travailleurs de 45 ans et plus ont la vie dure et, jusqu’à présent, il ne semble pas que la pénurie appréhendée de main-d’œuvre change la donne.

Charlotte Mailloux

Charlotte Mailloux

Charlotte Mailloux est quotidiennement confrontée à cette réalité. Membre du Comité consultatif 45+ et travaillant dans la région de Québec pour un organisme d’aide à l’emploi et de réinsertion socioprofessionnelle, elle sait les difficultés que rencontrent ces travailleurs que ce soit pour réintégrer le marché du travail ou pour rester en emploi.

« Ceux qui travaillent et qui ont le goût et la santé pour poursuivre leurs occupations professionnelles se font souvent harceler par leurs collègues qui n’arrêtent pas de leur demander quand ils vont se décider à prendre leur retraite. Et quand de surcroît leur employeur ne trouve plus important de les former puisqu’ils vont bientôt quitter l’entreprise, ils ont l’impression qu’on veut les pousser dehors », mentionne-t-elle.

Quant à ceux qui veulent réintégrer le monde du travail, ils se sentent complètement dépassés, leurs connaissances ne sont plus à jour, les nouvelles technologies d’information et de communication les déroutent et, lors de leurs démarches d’embauche, ils sont très souvent écartés du revers de la main, discriminés à cause de leur âge.

Malgré différentes mesures mises de l’avant par Québec en ce qui concerne le maintien en emploi, l’insertion ou la réinsertion au travail des personnes de 45 ans et plus, aucune avancée notoire n’a été réalisée. Charlotte Mailloux admet qu’il reste beaucoup de travail à accomplir, mais le comité consultatif redouble d’efforts collaborant avec Emploi-Québec à l’établissement et la mise en œuvre de priorités d’action.

« Il y a un important travail de sensibilisation à réaliser auprès des employeurs, la plupart se disent ouverts à prolonger la vie professionnelle des travailleuses et des travailleurs âgés ou à en embaucher, mais dans les faits, ils considèrent qu’ils coûtent trop cher à cause des années de travail accumulées et de l’expérience acquise, qu’ils sont contre tout changement, moins productifs, plus souvent absents, etc., alors que plusieurs enquêtes démontrent le contraire, mettant en évidence les avantages qu’ils peuvent représenter pour un employeur », indique-t-elle.

Mais pour faire table rase des préjugés dans les milieux de travail, il faut également agir auprès des travailleurs eux-mêmes. Beaucoup de jeunes continuent en effet d’entretenir des représentations négatives vis-à-vis les travailleurs âgés et la réciproque est tout aussi vraie. « Ce n’est plus le temps d’inciter les travailleurs expérimentés à partir tôt à la retraite pour faire place aux jeunes. Les effets de la rareté de la main-d’œuvre, qui commencent à se faire sentir dans certains secteurs, obligent les personnes des différents groupes d’âge à travailler ensemble, la dimension intergénérationnelle est importante et, à ce niveau, les syndicats ont un rôle déterminant à jouer », soutient Charlotte Mailloux.