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Lettre du président : une campagne électorale remplie d’angles morts

par Luc Vachon, président de la Centrale des syndicats démocratiques (CSD)

Alors que s’amorce le dernier droit de la campagne électorale québécoise, la CSD se permet d’en faire un bilan provisoire. Premier constat : le discours sur le Québec qui n’a plus les moyens de rien est mis au rancart puisque tous les partis, y compris celui actuellement en poste, ont fait des promesses d’investissements importants. Deuxième constat : ces promesses ne s’inscrivent malheureusement pas dans des propositions de projet de société mobilisateur et emballant. Au contraire, il y a, plus que d’habitude, beaucoup de saupoudrage. Rien ou très peu qui permettrait à la population québécoise de reprendre son élan de fierté et d’avoir le sentiment qu’elle s’apprête à faire un choix qui sera déterminant pour elle et pour les générations à venir. Au lieu de cela, on se fait asséner des slogans simplistes sur des sujets complexes dans l’espoir de produire le clip qui va être le plus vu. Comme société, nous méritons bien mieux que ça!

C’est malheureusement ce à quoi nous avons droit depuis plusieurs campagnes. Il est temps de s’engager à changer de mode de scrutin qui, plutôt que de faire mal paraître l’autre à tout prix, favorisera la recherche de compromis.

L’automatisation

Sans tomber dans l’alarmisme, les changements technologiques iront en s’accélérant et l’intelligence artificielle prendra de plus en plus de place, certains parlant même de la 4e révolution industrielle ou de l’ère du 4.0. Malgré ce constat, on entend très peu parler, dans cette campagne électorale, des enjeux liés à ces changements. Au premier chef, des énormes défis que pose l’adaptation de la main-d’œuvre aux emplois de demain. L’adaptation des parcours de formation afin de permettre la formation tout au long de la vie doit devenir réalité. Comme préalable, on doit résolument s’attaquer aux problèmes importants de littératie et de numératie. Sans cela, une bonne part de la main-d’œuvre restera sur la touche, ce que l’on ne saurait accepter à la CSD.

Le non automatisable

Cela dit, une grande partie des emplois ne seront pas ou peu affectés par l’automatisation. Il s’agit de tous ces emplois où la relation avec d’autres êtres humains est irremplaçable, comme le sont par exemple les familles d’accueil à l’adulte et à l’enfance et les ressources intermédiaires. Dans le discours productiviste ambiant, ces emplois sont souvent relégués au second rang, comme s’ils comptaient peu dans notre société. Au contraire, ils sont essentiels à son fonctionnement et ils doivent donc être davantage reconnus et valorisés pour que des gens fassent le choix de s’y consacrer. Encore ici, les partis et leurs plateformes électorales n’en font aucune mention.

La fonction publique

Réduire la  taille de l’État est devenue une constante des dernières campagnes électorales. Pourtant, le problème de la fonction publique ne tient pas à sa taille ou à son financement. Il réside dans le besoin de fierté et de valorisation des gens qui y œuvrent. C’est en tout cas ce que démontre la recherche scientifique en la matière. Or, il n’est pas difficile de comprendre la démotivation du personnel de la fonction publique puisque, ces dernières années, aucun gouvernement ne s’étant porté à sa défense. Au contraire, on l’a attaqué sans relâche, comme si c’était un repaire de gens inefficaces. La fonction publique n’a pas eu l’occasion de jouer son vrai rôle et gens qui la composent n’ont pas pu faire mieux pour la population.

D’autres grands oubliés

Dans cette campagne, aucun mot sur la qualité de vie au travail ni sur l’idée d’adopter une loi-cadre pour favoriser la conciliation famille-travail-études. Est-ce que cela signifie que peu ou pas d’actions concrètes seront mises en œuvre après les élections? Le sous-financement des organismes communautaires devrait aussi faire l’objet d’engagements concrets. Ces organismes rendent des services inestimables à la société; il ne faut pas attendre de les perdre pour prendre conscience de leur valeur. Malheureusement, la tendance veut que ce soit une forte probabilité puisque leur financement est resté pratiquement le même depuis 15 ans laissant ainsi les gens qui y travaillent bien souvent à bout de souffle.

Si on a entendu parler de salaire minimum dans cette campagne, ce fut pour dire que son niveau ne doit pas dépasser 50 % du salaire horaire moyen. Comme s’il y avait une loi naturelle inéluctable qui fait en sorte que le nombre d’emplois diminue quand le ratio est dépassé! Il y a tant de façon de calculer ce ratio. Comment le « marché du travail » fait-il pour choisir la façon qui lui permet de se réajuster? Absurde comme argument. Ce qu’il faut considérer, c’est la dignité des personnes, c’est aussi la valorisation du travail au salaire minimum. Après une décennie de croissance économique, on peut se permettre de hausser le salaire minimum à 15 $. C’est une manière de faire profiter de cette croissance au plus de gens possible, au lieu de la réserver à une infime minorité.