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Le mot de François Vaudreuil sur la diversité

François Vaudreuil

François Vaudreuil

La diversité, il faut faire plus qu’en parler!

En quelques décennies à peine, le Québec est passé d’une société traditionnelle à une société moderne. D’un côté, une société homogène, coutumière, fortement ancrée dans la religion, marquée du signe de l’inégalité des sexes et de la fixité des statuts et au sein de laquelle l’autre, quelle que soit la nature de sa différence, avait plus souvent qu’autrement, peu de chances de s’épanouir. De l’autre, une société qui prône plus d’ouverture, plus d’égalité, qui se veut plus laïque et qui est beaucoup plus hétérogène, diversifiée.

Aujourd’hui, la diversité fait partie intégrante de notre vie quotidienne comme de la réalité du marché du travail. Elle exprime la variété des profils individuels qui composent une communauté, en termes d’âge, de sexe, d’orientation sexuelle, d’origine ethnique ou géographique, de culture, de langue, de religion, de handicap, d’apparence physique, mais aussi en termes de niveau d’études, de catégorie socioprofessionnelle, etc.

Le colloque de 2011 sur les facettes de la diversité

Le colloque « Ensemble dans l’action, par delà nos différences », que nous avons tenu en novembre 2011, a cerné quelques-unes des facettes de la diversité que l’on rencontre dans nos milieux de travail et surtout de la discrimination, des préjugés dont sont encore victimes aujourd’hui des femmes, des travailleuses et des travailleurs âgés, des personnes handicapées, des personnes immigrantes, des homosexuels, des lesbiennes.

Pour que la réflexion suscitée par le colloque se poursuive dans les milieux de travail et débouche sur des actions concrètes, il faut sans cesse l’alimenter. C’est pourquoi, en plus de partager les principales réflexions qui y ont été dégagées, nous les enrichissons en proposant des articles sur la situation des femmes dans l’industrie de la construction, sur les travailleuses et les travailleurs âgés, sur les personnes handicapées ainsi que sur les difficultés d’atteindre les objectifs visés par les programmes d’accès à l’égalité.

Un exemple frappant : la diversité ethnoculturelle

La diversité est plurielle et chacune de ses composantes mérite une attention particulière. Prenons l’exemple de celle qui fait de plus en plus débat sur la place publique : la diversité ethnoculturelle

Les statistiques établissent qu’en 2011, la population du Canada née à l’étranger représentait 20,6 % de la population, la plus forte proportion des pays du G8. Le Groupe des huit se définit comme un groupe informel de discussion entre les chefs d’Etats et de gouvernement de pays parmi les plus puissants du monde au plan économique, soit les États-Unis, le Japon, l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, l’Italie, le Canada et la Russie.

Selon les données émanant de l’Enquête nationale auprès des ménages (ENM), une personne sur cinq au Canada est donc née à l’étranger.

Sachant que l’emploi est, pour un immigrant, le meilleur moyen de s’intégrer dans une nouvelle société, le Québec affiche à cet égard un bilan peu reluisant. Car même s’ils sont généralement plus scolarisés que la moyenne des Québécois d’origine, les immigrants et notamment les minorités « racisées », sont surreprésentés dans des emplois peu rémunérés, ils disposent donc de revenus d’emploi inférieurs et subissent des taux de chômage supérieurs.

En 2011, le taux de chômage des immigrants était de 14,2 % contre 7,1% pour les Québécois, selon une note socio-économique publiée en novembre 2012 par l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS).

Dans cette note, l’IRIS souligne que « les immigrants connaissent des difficultés significatives et grandissantes en matière d’insertion en emploi et d’intégration socio-économique, ce qui donne lieu à un inquiétant problème d’inégalité sociale ».

Plusieurs facteurs pénalisent les immigrants et compromettent leur intégration. À titre d’exemples, le manque de reconnaissance de leurs diplômes et de l’expérience de travail qu’ils ont acquise en dehors du Québec, le corporatisme des ordres professionnels, la déqualification professionnelle, leur manque de connaissance du marché du travail québécois et des codes culturels, la barrière linguistique, un mauvais arrimage entre l’immigration et les besoins du marché du travail et, bien évidemment, la discrimination directe à l’embauche.

Ne considérer les immigrants que comme du capital humain, c’est occulter l’importance de leur contribution aussi bien au développement social qu’à l’enrichissement culturel du Québec.

Ouvrir le dialogue

La diversité ethnoculturelle n’est qu’un exemple parmi d’autres. Il démontre que chaque travailleuse, chaque travailleur a la responsabilité d’ouvrir le dialogue avec ceux dont le sexe, l’âge, la culture, la religion, l’apparence physique, l’orientation sexuelle sont différents des leurs. En s’ouvrant aux autres et en facilitant leur intégration, ils empêcheront leur exclusion, leur marginalisation tout en renforçant la cohésion au sein des milieux de travail comme de la société.

Mais au-delà des attitudes et des comportements individuels, chaque syndicat affilié doit prendre la mesure de la diversité dans son milieu de travail et assumer pleinement son rôle d’agent de changement en préparant un plan d’action et en le négociant avec l’employeur.

Par ce geste concret, il donnera ainsi tout son sens aux valeurs qui nous rassemblent et nous inspirent, dont la primauté de la personne. Au nom de ces valeurs, nous nous devons d’offrir à toutes les travailleuses, à tous les travailleurs l’opportunité de vivre dans la dignité et le respect, à l’abri des discriminations et des préjugés.

François Vaudreuil
Président
Centrale des syndicats démocratiques