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Le fureteur CSD – Vol. 16 – Page 34 – Santé mentale au travail

La CSD développe une série d’outils de sensibilisation et de réflexion
Par Jacqueline De Bruycker

Malgré d’importants progrès réalisés depuis l’adoption en décembre 1979 de la Loi sur la santé et la sécurité du travail, encore aujourd’hui, le travail demeure pour nombre de salariés une souffrance, source de nombreux problèmes de santé, aussi bien physiques que psychologiques. Sans occulter la pénibilité physique du travail qui n’est pas disparue des milieux de travail, la Centrale des syndicats démocratiques (CSD) a pris pour cible l’aspect psychologique de la pénibilité en développant une série d’outils pour les membres de ses syndicats affiliés.

« En novembre 2014, la CSD a tenu son colloque sur le thème De la tête aux pieds. Priorité, prévention, partout, plus précisément sur la santé mentale. L’objectif était de mener de concert avec les délégués des associations et des syndicats affiliés une réflexion sur la façon dont ils pouvaient intervenir dans leur milieu de travail à la fois pour soutenir leurs membres qui souffrent d’une forme ou d’une autre de détresse psychologique, mais également de les outiller pour enrayer à la source les risques psychosociaux au travail. Il s’agissait de donner une impulsion nouvelle au dossier, qui est à l’agenda de la centrale depuis plusieurs années déjà », explique le président de la CSD, François Vaudreuil.

À la suite du colloque, la centrale a décidé de passer de la réflexion à l’action, c’est ainsi qu’est née l’idée d’un outil de sensibilisation dont la conception et la réalisation ont été confiées à la firme Parlimage.

« Pour réaliser ce mandat, je me suis documentée, j’ai lu de nombreuses recherches, je me suis associée avec des scientifiques, des chercheurs de l’Institut national de santé publique du Québec ou appartenant à différentes universités. Avant, je n’étais pas vraiment consciente de l’ampleur du problème, mais plus j’avançais dans ma démarche, plus je mesurais ses effets dévastateurs sur les travailleuses et les travailleurs. Lentement, la colère s’est emparée de moi, une saine colère, de celles qui obligent à bouger, à ne plus tolérer l’intolérable », explique France Capistran, PDG de Parlimage.

Des chiffres qui interpellent

En effet, les chiffres laissent pantois. Selon la Commission de la santé mentale du Canada (CSMC), chaque année, un Canadien sur cinq souffre d’une maladie mentale alors que le Centre de toxicomanie et de santé mentale signale, quant à lui, que chaque semaine au moins 500 000 travailleurs canadiens sont incapables de travailler en raison d’une maladie mentale. L’organisation mondiale de la santé (OMS) affirme, pour sa part, qu’en 2020, les maladies mentales seront le problème de santé no 1 à l’échelle de la planète.

De l’infirmière au plombier, en passant par le comptable, tout le monde, est susceptible d’être touché par un problème de santé psychologique s’il est exposé à des facteurs de risque qui entraînent cette maladie.

Les principales causes de troubles psychologiques identifiées par les experts sont :

  • le manque de reconnaissance, d’appréciation du travail effectué,
  • une charge de travail trop élevée,
  • peu ou pas d’autonomie décisionnelle,
  • la faiblesse du soutien des supérieurs et des collègues.

À ces facteurs, certains ajoutent le manque d’informations. Les coûts en dépenses de santé, pertes de productivité, congés de maladie, etc., engendrés par ce mal-être de milliers de femmes et d’hommes, sont effarants, s’établissant à 51 milliards de dollars par année, selon le gestionnaire de programme, santé mentale en milieu de travail à la CSMC.

« Au-delà des coûts reliés aux problèmes de santé mentale, il faut se rappeler qu’avant tout, il s’agit d’une souffrance humaine intolérable, inacceptable, qui n’a pas sa place dans notre projet syndical. » – François Vaudreuil

Une démarche délicate

« Il était important de s’en tenir aux faits, de détruire les préjugés, les stéréotypes, de s’attaquer aux tabous. Pour qu’ils puissent agir, il fallait que les syndicats disposent de chiffres, d’informations pertinentes sur les causes des troubles psychosociaux ainsi que d’un argumentaire à présenter aux employeurs pour les convaincre que l’origine de ces troubles était directement liée au travail et ainsi limiter les futures contestations de leur part », poursuit France Capistran.

Il n’a pas été facile de persuader des travailleurs à témoigner de ce qu’ils ont vécu, et de parler de l’organisation du travail qui était à l’origine de leur mal-être. La plupart de ceux qui ont été approchés ne voulaient pas parler, ils craignaient d’être identifiés, d’être mis en danger par leurs propos. Pour une personne qui a accepté de parler, dix ont choisi de se taire.

Néanmoins un certain nombre ont accepté de s’exprimer à la caméra à visage découvert, alors que, pour quelques-uns, les visages ont été brouillés, les voix ont été modifiées. « Le tournage n’a pas été simple, il s’agissait de gens blessés, meurtris au plus profond d’eux, brûlés par endedans. Il fallait faire preuve de délicatesse, d’empathie sans tomber dans le pathos. Le défi était également d’évoquer au travers d’une histoire personnelle une situation générale, commune à des milliers de femmes et d’hommes », explique-t-elle.

Une fois réalisée, la vidéo La santé mentale au travail a été fractionnée en six capsules, portant chacune sur un thème particulier, soit :

  1. Le travail qui tue
  2. Le temps de se parler : perte ou gain ?
  3. Les conflits, ça se règle, sinon…
  4. Travailleurs, porteurs d’eau ou experts
  5. La reconnaissance, ça ne tue pas
  6. Le harcèlement

La vidéo a été présentée à l’ensemble des délégués à l’occasion du Colloque 2015, alors que les capsules ont fait l’objet d’ateliers de réflexion et de discussions avec la collaboration de personnes-ressources.

Des solutions simples Dénonçant des situations pour le moins

Dénonçant des situations pour le moins invivables, ces capsules présentent aussi des solutions faciles à appliquer, peu dispendieuses, gagnantes pour tout le monde, y compris pour les employeurs.

Ainsi, à titre d’exemple, dans la capsule Le temps de se parler: perte ou gain?, des scientifiques font la preuve de la rentabilité d’un espace et d’un moment de parole nécessaires pour la santé mentale des travailleurs. Tenir chaque jour une réunion entre collègues de travail pour se parler, échanger des informations, dire ce qui ne va pas bien. « On sort de l’isolement, de l’individualisation des problèmes, des différends entre jeunes et vieux, entre gens de différents départements, on peut se reconnaître aussi dans les difficultés que les autres ont, pour trouver des solutions plus collectives qu’on va amener à l’employeur », fait remarquer Geneviève Baril-Gingras.

« Prendre une dizaine de minutes ne serait-ce que pour faire une ou deux blagues, ce n’est pas grave, ça donne un bon esprit, on part la journée, on est de bonne humeur. On ne perd pas notre temps, car ces dix minutes-là, c’est un investissement sur une journée, une semaine, une équipe au complet. C’est crucial au travail d’avoir un espace pour se parler. Il faut le prendre, il faut le négocier », renchérit Nathalie Jauvin. Quant aux réunions d’équipe, Jean-Pierre Brun constate qu’elles sont dénaturées, elles ne sont plus aujourd’hui que des sessions d’informations avec en avant un gestionnaire qui est le seul à parler et qui livre une cascade d’informations. Une des solutions qu’il propose est de consacrer à l’ouverture de la réunion une demi-heure à un dialogue sur le travail : Qu’est-ce que vous avez fait ? Où vous en êtes rendus ? Quelles sont les problématiques que vous avez rencontrées ? Quels sont vos bons coups ?

Il ne s’agit que d’un exemple car chaque capsule renferme des pistes de réflexion et de solution, « les membres de la CSD disposent maintenant d’un coffre à outils bien garni, il n’existe donc plus aucune bonne raison de ne rien faire », résume France Capistran.

Quant à François Vaudreuil, il considère que chaque fois qu’une personne s’absente de son travail, souffrant de symptômes liés à des risques psychosociaux, « l’organisation du travail doit être questionnée afin d’identifier les facteurs incriminants pour mieux les contrôler et ultimement les supprimer. Les formes d’organisation du travail qui pressurisent les travailleuses et les travailleurs, les pratiques de gestion axées sur la compétence, la compétition entre travailleuses et travailleurs constituent de sérieux risques d’atteinte à la santé mentale. En nous appuyant sur nos valeurs, nos principes, une de nos premières responsabilités comme centrale est de nous assurer que toutes et tous aient accès à un environnement de travail sain et sécuritaire et d’épauler les associations et les syndicats affiliés afin qu’ils aient la capacité et les moyens d’agir sur l’organisation du travail ainsi que sur ses conditions d’exercice. »

Conçues pour les membres des associations et des syndicats affiliés à la CSD, la vidéo et les capsules bénéficieront d’un plus vaste rayonnement, puisque des ententes de diffusion ont déjà été conclues avec différentes organisations tant québécoises que françaises qui désirent les présenter dans le cadre d’une formation sur la santé mentale en milieu de travail. ◼