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Le fureteur CSD – Vol. 16 – n°1 – Page 14 – 34ème Assemblée plénière

Salaire minimum à 15 $ et revenu minimum garanti
Faut le faire pour le monde
Par Jacqueline De Bruycker

L’équipe du Collectif pour un Québec sans pauvreté: Virginie Larivière, François Fournier et Serge Petitclerc.

L’équipe du Collectif pour un Québec sans pauvreté: Virginie Larivière, porte-parole et responsable de l’organisation politique; François Fournier, responsable de la coordination et Serge Petitclerc, porte-parole et responsable de l’analyse politique.

 
Au Québec, près d’une personne sur dix vit « dans le rouge », incapable de couvrir ses besoins de base, ne disposant que d’un revenu net de moins de 17 000 $ par année.

« Ce sont des milliers de personnes seules, de couples sans enfant, de familles monoparentales, pour qui, après avoir payé leur loyer, c’est quasiment impossible de s’habiller, se déplacer, se nourrir convenablement. Pour eux, l’austérité, c’est la promesse d’avoir plus froid l’hiver, d’avoir plus faim à la fin du mois ou la veille de la paie ».

L’équipe du Collectif pour un Québec sans pauvreté a démarré sa présentation en coup de poing tout en amenant les délégués à jouer le jeu et à s’identifier aux différentes tranches de la population établies d’après leur revenu. Tour à tour, les porte-parole du Collectif, Virginie Larivière, François Fournier et Serge Petitclerc, ont brossé les caractéristiques de chacune d’entre elles.

Au sommet de l’échelle, bien loin de la pauvreté, le 10 % le plus riche. Toujours épargné par les gouvernements, il s’accapare de 37 % des revenus avant impôts et transferts. Dans ses rangs, peu de femmes, de jeunes, de personnes issues de l’immigration comme des premières nations.

Entre les deux extrêmes, la classe moyenne, hétéroclite, difficile à définir et dont les revenus nets à la fin de l’année peuvent varier de 22 000 à 80 000 $.

S’adressant particulièrement à eux, les représentants du Collectif ont brossé à grands traits leur réalité. « Vous êtes endettés, vous avez de etites économies. On vous dit que vous êtes l’épine dorsale de la société, mais vous êtes les plus taxés en Amérique du Nord. Pendant que l’on vous occupe ainsi l’esprit, que vous vous battez contre les pauvres, vous avez perdu 3 % de votre pouvoir d’achat au profit des plus riches, alors même que la croissance économique était au rendez-vous. Vous produisez la richesse comme jamais, vous êtes vaillants, travaillants, mais vous êtes de plus en plus pauvres, si bien que vous risquez de finir votre retraite dans une épicerie, une quincaillerie comme caissier plutôt que de passer du temps au chalet ».

Il est faux de croire, martèlent-ils, que chacun va profiter de la production de plus en plus grande de richesses, mais c’est vrai qu’il y a trop d’élus qui trouvent que les services publics sont un luxe, que l’éducation et la santé coûtent trop cher. C’est aussi vrai qu’il y a trop d’élus qui ne valorisent que l’argent, qui ne pensent qu’à court terme, qui rêvent d’austérité, d’équilibre budgétaire. « Il y a trop d’élus qui ne travaillent pas pour nous, il va falloir les forcer à changer, on a tout ce que ça prend pour y arriver, il nous reste à le faire ensemble », lance François Fournier.

Seuils de pauvreté

La pauvreté est plurielle, elle a plusieurs visages, cernés par différents indicateurs. Il y a, bien sûr, la mesure du panier de consommation (MPC), qui indique un niveau de revenu en deçà duquel une personne ne parvient pas à couvrir ses besoins de base. Ainsi, en 2016, pour une personne vivant seule à Montréal, ce revenu s’établit à 17 597 $.

« Pour les plus pauvres de la société, l’État, par l’entremise de ses programmes sociaux, de sa fiscalité, devrait assurer la prise en charge de la couverture de leurs besoins de base. De même pour la personne qui travaille à temps plein, 35 heures par semaine au salaire minimum actuel de 10,75 $ l’heure, elle peut à peine couvrir ses besoins de base, si bien qu’elle demeure en situation de pauvreté », affirme Serge Petitclerc.

Un autre indicateur qui retient l’attention, c’est le salaire viable fixé à 25 100 $, basé sur une semaine de travail de 35 heures au taux de 16,91 $ l’heure. Il assure à une personne vivant seule à Montréal une certaine participation à la vie culturelle, politique, économique et sociale de la communauté, en plus de couvrir ses besoins de base.

Revenu minimum garanti

SolidaritéPour battre en brèche la pauvreté et réduire les inégalités socioéconomiques, l’instauration d’un revenu minimum garanti (RMG) et une hausse importante du salaire minimum constitueraient de grands pas dans la bonne direction.

Québec planche depuis plusieurs mois déjà sur l’implantation d’un RMG, un engouement qui a de quoi étonner, cadrant mal avec les gestes posés jusqu’ici par le gouvernement Couillard. Pourtant, en janvier 2016, lors de sa nomination comme ministre de l’Emploi et de la Sécurité sociale, François Blais en a reçu le mandat avec deux objectifs très clairs : développer plus de solidarité entre les Québécois, mais aussi réduire possiblement la taille de l’État.

Un comité interministériel — le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale et le ministère des Finances — a été mis sur pied pour définir les différents paramètres d’un RMG, version québécoise. Les organisations syndicales et patronales, entre autres, devraient être convoquées, cet automne, pour discuter d’un RMG, un dossier qui, aux dires du ministre Blais, pourrait s’étaler sur une vingtaine d’années. Si bien que Québec pourrait, dès le prochain budget, aller de l’avant en proposant une forme de RMG.

« Il existe déjà au Canada, au Québec une certaine forme de RMG, que l’on pense à l’aide sociale, à la sécurité de la vieillesse, aux allocations familiales, mais c’est d’un programme précis avec des critères, des montants d’argent dont il est maintenant question », estime Serge Petitclerc.

Le concept du RMG a porté plusieurs noms au fil du temps : allocation universelle, revenu social garanti, salaire à vie, revenu de base, revenu de citoyenneté, revenu d’existence. Peu importe la dénomination, le RMG doit répondre selon lui à un objectif : offrir un revenu de base inconditionnel à tous les membres d’une société afin de les sortir de la pauvreté et, par ricochet, de réduire les inégalités socioéconomiques, d’améliorer la santé, l’éducation tout en ayant, selon certains chercheurs, des impacts positifs sur l’emploi, le développement économique et la création de la richesse.

Le RMG est un concept très large, dont l’application soulève de nombreuses questions. Le Collectif en a listé quelques-unes : Qui fera la promotion du programme de RMG et avec quels objectifs? Qui sera admissible au programme? Sera-t-il inconditionnel? Quel montant sera offert? À qui sera-t-il versé, à un individu ou à un ménage? Comment sera-t-il versé? Est-ce que le RMG remplacera les programmes sociaux? Qui financera le programme et comment? Etc.

Mais, insiste le Collectif, l’instauration d’un RMG doit obligatoirement répondre à trois grands principes: hausser le revenu des plus pauvres et améliorer leurs conditions de vie, réduire les inégalités socioéconomiques et ne pas servir de prétexte pour réduire le salaire minimum ou l’accessibilité aux programmes sociaux.

Hausse du salaire minimum

La pauvreté a de plus en plus le visage de femmes et d’hommes travaillant à temps plein, 35 heures par semaine, au salaire minimum ou un peu plus. En 2014, ils étaient près d’un demi-million, fréquentant de plus en plus les banques alimentaires.

À grands traits, Virginie Larivière brosse leur portrait. Quarante pour cent d’entre eux sont âgés de 25 ans et plus, on est loin des emplois d’été, d’étudiants ou d’entrée sur le marché du travail. Plus du tiers ont un diplôme d’études post-secondaires. Ils travaillent dans le secteur très peu mobile des services et ce sont majoritairement des femmes.

Un salaire minimum à 15 $ l’heure permettrait d’améliorer les conditions de vie des travailleurs pauvres comme celles des sans-emploi, dont le revenu, comme le souligne le Collectif, « est toujours limité par l’écart supposément nécessaire entre les prestations d’aide sociale et le salaire minimum ».

Au cours de la dernière année, les campagnes en faveur d’une augmentation du salaire minimum à 15 $ se sont multipliées. De plus en plus de groupes se sont mobilisés, assurant ainsi plus de visibilité à cette revendication, mais il y a des mythes qui ont la vie dure, même si de nombreux chercheurs et scientifiques tentent par leurs travaux de les déboulonner.

« On nous sert toujours les mêmes spectres : une hausse importante du salaire minium serait catastrophique pour l’économie, elle entraînerait des délocalisations d’entreprises, des pertes d’emplois. Mais des recherches prouvent le contraire. Il y a des villes aux États-Unis qui ont adopté des hausses du salaire minimum et personne n’en est mort, l’économie survit, les pertes d’emplois n’ont pas été celles qu’on annonçait, toutes les entreprises n’ont pas déménagé au Mexique ou en Chine », fait remarquer Virginie Larivière.

Sur le terrain, la mobilisation en faveur de la hausse du salaire minimum à 15 $ s’étend à l’Alberta, l’Ontario, la Colombie-Britannique, le Nouveau-Brunswick et au Québec où la revendication trouve beaucoup d’écho, notamment au sein du mouvement syndical.

Après la présentation du Collectif, les délégués ont, à l’unanimité, adopté une résolution par laquelle la CSD exige que le salaire minimum soit porté à 15 $ l’heure sur un horizon assez court et défende avec énergie toute mesure visant à implanter un RMG, orientée vers le rehaussement du revenu des personnes les plus pauvres et la réduction des inégalités sociales et qui ne se fasse pas au détriment de la protection des services publics de qualité ni de la hausse du salaire minimum. ◼