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Le fureteur CSD – Vol. 16 – n°1 – Page 42 – Portrait d’un militant

Serge Trudel
Par Jacqueline De Bruycker

Serge Trudel a compris très jeune qu’une personne seule, laissée à elle-même, peut difficilement faire respecter ses droits, c’est par l’action collective qu’elle peut y parvenir.

Serge Trudel

Serge Trudel, animateur de formation syndicale CSD

« Mon père était un travailleur forestier, il vendait également du charbon de bois. Un jour, il a eu une altercation avec un acheteur qui prétendait que le charbon de bois était humide contrairement à mon père qui affirmait qu’il était sec. Je me rappelle m’être demandé pourquoi mon père devait-il tellement argumenter et se bagarrer pour obtenir un prix décent. Pour moi, cela n’avait aucun bon sens, mais j’ai compris plus tard que quand quelqu’un est seul à se battre pour quelque chose, c’est difficile, sinon impossible, pour lui d’y parvenir », relate-t-il.

C’est en décrochant un emploi chez Emco matériaux de construction inc. à Pont-Rouge, aujourd’hui connue sous le nom de la Compagnie matériaux de construction BP Canada, qu’il se frottera pour la première fois au syndicalisme. « Jusque-là, j’avais travaillé sur des fermes, occupé des petits boulots, je ne connaissais presque rien du monde syndical, ça ne m’attirait vraiment pas. Pour moi, les syndicats ne cherchaient que la confrontation avec les patrons. Le syndicalisme, ça se faisait à coups de poing sur la table. »

Un syndicat est implanté depuis 1944 à l’usine de Pont-Rouge et il s’est affilié à la CSD peu après sa fondation. Plongé dans un milieu de travail affichant une solide tradition syndicale, l’intérêt de Serge Trudel finit par s’éveiller. Peu à peu, il découvre ce qu’est le syndicalisme, ce qu’est la CSD et ce qu’il apprend lui plaît.

« J’ai pleinement adhéré aux valeurs et aux principes de la CSD, j’ai trouvé une centrale qui est à l’écoute de ses membres. La liberté et le respect de la personne sont au coeur de ses préoccupations comme de ses actions, ça m’a accroché. La CSD nous donne les outils dont on a besoin pour avancer et grandir tout en développant notre capacité d’innover. Elle est constamment à la recherche de solutions plutôt que de toujours privilégier l’affrontement avec les employeurs », explique-t-il.

C’est d’abord dans son milieu de travail qu’à la fin des années 1990 cet opérateur de machinerie fixe décide de s’impliquer, occupant successivement les postes de directeur, de délégué de département et, en 2003 de président du Syndicat national des travailleurs des pâtes et papiers de Pont- Rouge Inc. (CSD). La même année, il fait son entrée au conseil de direction de la CSD comme représentant d’abord du Secteurs réunis papier et carton pendant trois ans et ensuite représentant de la région de Québec pendant deux ans.

Jetant un regard sur toutes ces années, Serge Trudel constate, non sans fierté, que la CSD a souvent ouvert la voie, n’hésitant pas à développer de nouveaux champs d’intervention et d’action syndicales. À titre d’exemple, il cite le projet réalisé par la CSD sur le « Vieillissement de la maind’oeuvre et perspective intergénérationnelle », auquel le syndicat, mais aussi l’employeur avaient participé. Il s’agissait de mettre sur pied des expériences novatrices capables de concilier les besoins des travailleurs expérimentés et les intérêts, les aspirations des plus jeunes.

En 2007, il devient animateur au service de la formation. Il a trouvé sa niche. « Je répète souvent aux militants tout ce que vous apprenez, lors des sessions de formation, va aussi vous servir dans la vie de tous les jours dans une foule de domaines, ça va vous faire évoluer », souligne-t-il. .Il ajoute que la formation est d’autant plus essentielle qu’elle permet aux participants d’échanger entre eux, de partager leur vécu, leurs expériences, de s’enrichir les uns les autres.

Il reconnaît qu’il est plus difficile aujourd’hui d’intéresser les gens au syndicalisme, surtout les jeunes qui sont plus individualistes. « Ils ne savent pas ce que c’est, ni pourquoi les syndicats existent. Quand ils arrivent en formation, il faut tout reprendre à zéro. Dans la région de Québec, les postes de radio répètent à longueur de journée que les syndicats, ça n’apporte rien de bon, ce sont juste des chialeux. Ça ne nous aide pas ».

Serge Trudel n’est pas le seul syndicaliste de la famille. Son épouse a déjà été présidente de son syndicat et ses deux enfants, un fils travailleur de la construction et une fille infirmière auxiliaire, sont syndiqués et semblent de plus en plus intéressés par l’action syndicale. Bon sang ne pouvait mentir!

« Il faut toujours se rappeler que c’est collectivement que nous avons gagné nos plus grandes batailles comme syndiqué, comme travailleur. Jamais nous ne devons sous-estimer la force d’action que représentent un syndicat, une centrale comme la nôtre, au contraire, nous devons miser sur cette force collective pour résister aux attaques de plus en plus brutales du patronat et lutter contre les injustices, les inégalités », conclut-il. ◼