Pourquoi devrais-je me syndiquer ? Améliorez votre situation

Le fureteur CSD – Vol. 16 – n°1 – Page 5 – 34ème Assemblée plénière

Le militantisme au cœur des débats
Par Jacqueline De Bruycker

François Vaudreuil, président de la CSD

« Le militantisme donne tout son sens à notre projet, lui permet de grandir, de se développer, d’exprimer vraiment ce que nous sommes et ce que nous voulons continuer d’être — un mouvement de fraternité et de solidarité dédié entièrement à la formation, à l’information, à la défense et à la promotion collective des travailleuses et des travailleurs ».

D’entrée de jeu, le président de la Centrale des syndicats démocratiques (CSD), François Vaudreuil, a donné le ton à la 34e Assemblée plénière qui s’est tenue au Centre des congrès de Lévis, les 9, 10 et 11 juin 2016 sur le thème « Des régions qui s’animent. Une centrale en mouvement. Pour une société qui partage. » en l’inscrivant dans la continuité de la réflexion menée collectivement lors du dernier congrès sur le développement du militantisme et qui s’est poursuivie à l’occasion des réunions régionales et de la rencontre annuelle du personnel de la CSD et de la Fédération démocratique de la métallurgie, des mines et des produits chimiques (FDMMPC).

Mais, a-t-il fait remarquer aux quelque 300 délégués, cet objectif d’être un mouvement de fraternité et de solidarité se vit, en 2016, dans un contexte sociétal particulier.

À l’échelle québécoise, il relève, entre autres, une croissance anémique du PIB et une faible création d’emplois, l’atteinte à toute vapeur du déficit zéro jumelée à l’obstination du gouvernement à ne pas aller chercher de nouvelles sources de revenus, ce qui s’est avéré désastreux pour l’ensemble de la population québécoise, particulièrement pour les plus fragiles, les plus démunis.

« Aveuglé par son objectif, le gouvernement n’a pas hésité à charcuter des services publics, des programmes sociaux, à accroître les inégalités sociales, à museler ou à faire disparaître des organismes qui étaient des voix d’expression de la solidarité comme les Conférences régionales des élus (CRÉ), Solidarité rurale, les Centres locaux de développement (CLD). Sous le couvert d’une gestion rigoureuse, c’est dans une vaste opération de déconstruction de l’État québécois que les libéraux de Philippe Couillard se sont lancés depuis leur arrivée au pouvoir », de constater le président de la CSD.

Il pointe aussi du doigt la dérive centralisatrice du gouvernement qui a conduit, d’une part, à une reconfiguration du réseau de la santé et des services sociaux, ce qui risque de provoquer la dégradation des services à la population. Et, d’autre part, à la création de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), orchestrée de toutes pièces sous le prétexte fallacieux d’économiser plusieurs millions de dollars en coûts de fonctionnement.

Sur la scène fédérale

Le gouvernement Trudeau s’est, depuis son élection, montré plus attentif aux préoccupations des travailleurs, plus sensible aux revendications des organisations syndicales, et enclin à respecter ses engagements électoraux, comme l’abrogation des lois antisyndicales adoptées par le gouvernement Harper. Il y a également le maintien de l’âge de la retraite à 65 ans plutôt qu’à 67 ans comme l’avaient décrété les conservateurs, différentes mesures visant à améliorer les conditions des personnes en chômage, mais, en ce qui concerne le Partenariat transpacifique (PTP), il ne semble pas vouloir lâcher du lest. Oui, contrairement aux conservateurs, les libéraux consultent la population, mais ils n‘en continuent pas moins de s’afficher pro-libre-échange. « L’indépendance de la CSD vis-à-vis les partis politiques provinciaux et fédéraux nous permet d’évaluer en toute liberté les mesures qu’ils mettent de l’avant et nous le faisons en fonction de nos valeurs. Nous sommes libres, en tout temps, de proposer des alternatives qui conviennent à nos membres, qui tiennent réellement compte de leurs préoccupations, de leurs attentes. »

Une pièce maîtresse

Mais, pour y arriver, la CSD a besoin de militants forts, prêts à s’investir dans leur milieu de travail comme dans la société pour les rendre plus égalitaires. Dans ce contexte, la régionalisation, pièce majeure de la démocratisation de l’action syndicale, est appelée à jouer un rôle clé. Il a rappelé que la régionalisation répond à deux grands objectifs : procurer aux associations et aux syndicats affiliés un contrôle des services que la CSD dispense en région (formation régionale, soutien à la vie syndicale, syndicalisation) et développer le militantisme et le sentiment d’appartenance à la centrale.

« Il s’agit d’un modèle organisationnel participatif unique, mais il n’a pas été développé à son plein potentiel. Il faut l’adapter aux réalités d’aujourd’hui, trouver des réponses inédites afin de le redynamiser, tout en élaborant de nouveaux moyens, de nouveaux outils, afin de renforcer, dans chaque région, la solidarité et la capacité de mobilisation. »

Un défi titanesque

François Vaudreuil a ensuite survolé différents dossiers, évoquant tout d’abord le défi titanesque auquel les membres du Syndicat démocratique des employés de garage Saguenay – Lac-Saint-Jean (SDEG – CSD) ont eu à faire face pendant les 34 mois du lock-out imposé par la Corporation régionale des concessionnaires d’automobiles. Le conflit s’est cependant terminé par un règlement favorable aux salariés, grâce à l’équipe extraordinaire aux commandes durant le lock-out, à la détermination et au courage hors du commun des membres du SDEG, aussi grâce à la solidarité manifestée par le milieu syndical québécois, toutes allégeances confondues, grâce enfin au modèle de négociation collective démocratique développé par la CSD, dans lequel les membres des associations et des syndicats affiliés décident librement d’entreprendre des luttes et de les mener à l’abri de toute instrumentalisation, de toute manipulation.

« Mais la bataille est loin d’être terminée, il y a des employeurs qui n’attendent que l’occasion pour repartir les hostilités et se débarrasser du syndicat. Pour que le combat de ces femmes et de ces hommes n’ait pas été vain, il faut que nous continuions à rester à leurs côtés, à les épauler », constate-il.

Un autre combat

C’est aussi un combat pour le respect de leurs droits et pour leur dignité qu’ont entrepris les associations de ressources regroupées sous le chapeau des Alliances nationales des ADRAQ et des ADREQ CSD. Contrairement à d’autres organisations représentant des ressources qui ont conclu une entente avec le Comité patronal de négociation en santé et services sociaux (CPNSSS), les ADRAQ et les ADREQ ont choisi de continuer à se battre pour mettre fin aux injustices dont elles sont toujours victimes et pour obtenir une organisation du travail plus respectueuse de la contribution qu’elles apportent à la société.

Les ADRAQ et les ADREQ seront bientôt les deux seuls groupes du secteur de la santé et des services sociaux affiliés à la CSD. À cause de la reconfiguration des établissements, les membres de six syndicats affiliés quitteront la centrale contre leur gré, au cours des prochains mois, pour se joindre à une autre organisation syndicale.

Cette situation rappelle ce que la CSD a vécu en 2003, avec l’adoption sous le bâillon par le gouvernement Charest des projets de loi 25 et 30, qui imposaient une réorganisation du réseau de la santé et des services sociaux par la fusion d’établissements, la mise en place d’un nouveau régime de négociation et la reconfiguration des unités de négociation. Hier comme aujourd’hui, la loi du nombre a joué contre nous.

Des moments décisifs

Au cours des prochains mois, d’autres syndicats risquent d’être interpellés, ceux du secteur municipal confrontés aux conséquences du fameux pacte fiscal, qui risque de détériorer leurs conditions de travail, ou ceux du secteur forestier avec la réouverture probable par les États-Unis du contentieux du bois d’œuvre.

Le dossier de la lutte aux inégalités sociales retiendra également l’attention. Pour la CSD, une hausse du salaire minimum comme l’instauration d’un revenu minimum garanti constituent des maillons importants vers l’édification d’une société plus égalitaire. Dès cet automne, Québec pourrait proposer une forme de revenu minimum garanti. « Nous devons nous assurer que toute mesure proposée permette un enchérissement du revenu des personnes les plus pauvres et ne se fasse pas au détriment des services publics », insiste François Vaudreuil tout en suggérant que l’étude de ces questions comme d’ailleurs celles touchant la conciliation famille-travail-études, les régimes complémentaires de retraite à deux vitesses ou la modernisation de la Loi sur les normes du travail soit confiée au Comité consultatif du travail et de la main-d’œuvre (CCTM).

L’automne s’annonce donc des plus chauds sur la scène syndicale, et les batailles que nous entreprendrons ne pourront être gagnées que grâce à la force militante des membres des associations et des syndicats affiliés à la CSD. ◼