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Le fureteur CSD – Vol. 16 – n°1 – Page 10 – 34ème Assemblée plénière

François Vaudreuil quittera la présidence de la CSD en juin 2017
Par Jacqueline De Bruycker

François Vaudreuil à la tribune de la 34ème assemblée plénière de la CSD.

François Vaudreuil ne demandera pas de renouvellement de son mandat de président lors du prochain congrès de la CSD en juin 2017, mais pas question pour lui de prendre sa retraite. C’est à la toute fin de l’allocution qu’il livre en ouverture de chacune des instances que François Vaudreuil a fait part de sa décision. Une décision qui a pris par surprise les délégués réunis au Centre des congrès de Lévis à l’occasion de la 34ème Assemblée plénière de la centrale en juin 2016.

« Je suis toujours en amour avec la centrale, toujours emballé par le projet CSD, toujours habité par la volonté de combattre les inégalités sociales, d’améliorer les conditions de vie et de travail, de réclamer une meilleure répartition de la richesse. La flamme que j’ai en moi ne s’éteindra jamais, mais je n’ai plus l’énergie nécessaire pour entreprendre, en juin prochain, un autre mandat de quatre ans », reconnaît-t-il, la voix brisée par l’émotion.

Il avoue que le mandat de président est des plus exigeants et, quand on est passionné, il est impossible de s’en acquitter en ne s’y consacrant que du lundi au vendredi, de 9 à 5 heures, d’autant que les membres des associations et des syndicats affiliés sont en droit d’exiger de lui le meilleur. « Toutes ces années, j’ai travaillé sans relâche pour que la CSD soit la meilleure centrale syndicale, la plus crédible, celle qui, par ses principes et ses innovations, occupe une place à part sur la scène syndicale québécoise. »

En juin prochain, il quittera la présidence de la CSD après 43 ans d’action syndicale, dont 20 ans à la tête de la centrale mais, d’aucune façon, il ne compte retourner dans ses terres et savourer une retraite pourtant bien méritée. « Je veux continuer à servir, à me battre pour changer le cours des choses en prônant les valeurs qui nous habitent. Avant tout, je suis et je reste un militant », lance-t-il.

S’adressant aux délégués, il ajoute: « c’est grâce à vous que j’ai pu acquérir et développer les compétences que je possède. Tout ce j’ai pu faire comme porte-étendard au Québec du courant syndical démocratique, c’est aussi à vous que je le dois et à personne d’autre. Ce qui m’a porté toutes ces années, c’est la confiance que les militantes et les militants m’ont accordée en me donnant, à huit reprises, un mandat au bureau syndical, que ce soit comme vice-président ou président ».

François Vaudreuil à la tribune de la 34ème assemblée plénière de la CSD

Le combat de sa vie: la justice sociale

Aussi loin qu’il s’en rappelle, François Vaudreuil a toujours été révolté par les inégalités sociales. Natif de Victoriaville, il est confronté, dès son plus jeune âge, à l’aisance financière du côté maternel et à la pauvreté du côté paternel. « Je n’ai jamais été capable d’accepter cette contradiction, que des personnes que j’aimais, qui avaient été malmenées par la vie, qui avaient dû s’endetter pour payer des frais de médecin parce qu’il n’y avait pas de régime universel d’assurance maladie se trouvaient dans une pauvreté extrême alors que d’autres vivaient dans la richesse. Ça m’a profondément choqué, révolté et je me suis dit : « il faut que j’en fasse le combat de ma vie ». Ça m’a motivé à me battre pour plus de justice et moins d’inégalités sociales ».

Politiquement conscientisé dès l’adolescence, il s’inscrit en sciences sociales au Cégep de TroisRivières. Un choix qui scellera son avenir : il sait déjà qu’il travaillera dans le monde syndical ou dans le monde de la coopération. En même temps qu’il mène des études, il travaille les fins de semaine à la Quincaillerie Pascal de Trois-Rivières. Un syndicat de boutique était implanté dans le magasin mais, en 1973, les salariés décident de joindre les rangs de la CSD.

C’est un choix que François Vaudreuil a alors du mal à comprendre. La nouvelle centrale qui, à l’époque, n’avait que 16 mois d’existence, faisait l’objet d’une campagne agressive de dénigrement de la part de la CSN et d’autres organisations syndicales, à l’effet qu’elle était un syndicat jaune et qu’elle avait des accointances avec les employeurs et le Parti libéral.

Mais sa participation en France, en juillet 1974, à un stage de l’Office franco-québécois pour la jeunesse sur la réalité syndicale française le fera changer d’avis. « J’ai passé trois semaines avec une vingtaine de jeunes militantes et militants, membres de syndicats affiliés à la CSD, ils venaient de tous les secteurs, je les ai écoutés, j’ai discuté avec eux, j’ai vite compris que toutes les allégations qui étaient colportées étaient sans fondement. J’ai voulu en apprendre davantage sur le projet CSD ».

À l’automne suivant, dans le cadre d’un travail de sociologie, il décide de faire une recherche sur la CSD. Ce qui l’amène à rencontrer Jean-Paul Hétu et Paul-Émile Dalpé, respectivement vice-président et président de la centrale. C’est le coup de foudre. « Je suis littéralement tombé en amour avec le projet syndical CSD. Le souci de démocratiser l’action syndicale, la volonté de développer l’autonomie des femmes et des hommes pour qu’ils puissent s’approprier leur devenir, de les outiller m’ont accroché. »

Par la suite, il côtoiera dans l’action syndicale d’autres personnes qui seront tout aussi significatives pour son parcours comme les conseillers syndicaux Jos Caron et Jacques Tardif qui, chacun à leur façon, contribueront à alimenter sa réflexion et à renforcer son adhésion au projet CSD.

Collage - François Vaudreuil

Une longue feuille de route

Abandonnant ses études en janvier 1975, il commence à travailler à temps plein à la Quincaillerie Pascal et entame son cheminement syndical en devenant secrétaire, vice-président, puis président pendant six ans de son syndicat, le Syndicat démocratique des salariés de Pascal des Trois-Rivières (C.S.D.), en plus d’agir comme militant à la formation et à l’organisation de nouveaux syndicats affiliés.

Durant cette période, François Vaudreuil connaîtra sa première grève. Le 12 avril 1977, les quelque 80 salariés de la quincaillerie déclenchent une grève qui durera six mois. L‘ancienneté constitue le principal point de litige. « Nous nous battions contre l’arbitraire et nous avons gagné. La grève s’est déroulée en accord avec le fonctionnement démocratique du syndicat, sans violence, dans le respect de chacun, c’est une des plus belles expériences que j’ai vécues », confie-t-il.

C’est aussi une première pour un jeune homme d’à peine 17 ans qui a joué un rôle clé dans la gestion quotidienne du conflit, il s’agit de JeanClaude Dufresne qui s’est impliqué activement comme assistant-directeur de grève. « Aujourd’hui, il est secrétaire de la CSD et j’en suis le président. C’est très rare de rencontrer des personnes qui passent leur vie active de militant dans la même organisation pendant de si longues années et qui soient liées par une si belle complicité. »

En 1981, poursuivant son engagement, il décroche un poste à la CSD comme conseiller syndical à la négociation, d’abord au bureau de Shawinigan, puis en 1983 à Montréal, une responsabilité qu’il assumera jusqu’en juin 1989. Il remplira également les responsabilités de directeur professionnel du secteur agroalimentaire. « Toutes ces années, j’ai été l’homme le plus heureux au monde. Être conseiller syndical à la CSD, c’est le plus beau métier qui soit. »

En 1989, à l’âge de 34 ans, il devient viceprésident de la CSD et en 1997 il accède à la présidence. « Quelle belle vie j’ai eue. Quelle chance inouïe d’avoir, au cours de toutes ces années, côtoyé des militantes et des militants remarquables et des êtres tout aussi exceptionnels au bureau syndical. C’est incroyable comment ensemble on a fait avancer des choses, comment on a changé les milieux de travail, la société, en voulant toujours les rendre plus justes, plus humains. »

Interpellant les délégués, il leur a rappelé que « la force, la puissance de la CSD, elles reposent sur ce que vous êtes, sur ce que vous en faites, et vous en avez fait de bien belles choses. Vous pouvez être fiers du travail que vous avez accompli, jusqu’où vous avez rendu le projet CSD. Mais il faut continuer à vous battre comme vous le faites chaque jour tout en restant profondément attachés aux valeurs et aux principes qui sont les nôtres ». ◼