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Le Fureteur CSD

Pour en finir avec les mythes sur la syndicalisation – Gregor Murray

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Gregor Murray, source UdM

Par Jacqueline de Bruycker

Quel est votre meilleur coup, votre meilleure réalisation comme syndicat? Quel est le plus grand défi auquel vous faites face?

C’est en interpellant directement les délégués que Gregor Murray, chercheur au  Centre de recherche interuniversitaire sur la mondialisation du travail (CRIMT) et à la Chaire de recherche du Canada sur la mondialisation et le travail, École des relations industrielles, Université de Montréal, a débuté son intervention au congrès.

Les délégués s’expriment

Réunis en petits groupes, les délégués ont débattu entre eux avant de présenter à l’assemblée le fruit de leurs échanges. La plupart ont identifié comme meilleure réalisation de leur syndicat  l’amélioration, ou à défaut, le maintien des conditions de travail, le renforcement de certaines clauses de la convention collective de travail, notamment celles touchant l’ancienneté.

Les membres du Regroupement des ressources résidentielles adultes du Québec (RESSAQ) et de l’Association démocratique des ressources enfance du Québec (ADREQ) (CSD) ont, quant à eux, évoqué le droit qu’ils ont conquis de haute lutte avec le soutien indéfectible de la centrale, soit celui de se regrouper pour négocier collectivement leurs conditions de travail et défendre leurs droits. Ce qui leur a permis de vivre des rapports collectifs de travail basés sur la reconnaissance, l’équité et la dignité.

D’autres ont mentionné des progrès réalisés en santé et sécurité du travail, une victoire lors d’un maraudage, l’implication du syndicat dans la survie de l’entreprise, l’instauration d’une coopérative de travailleurs actionnaire ou d’un régime complémentaire de retraite

Quant aux défis auxquels ils sont confrontés, la relève syndicale occupe la position de tête avec l’implication des membres. La protection et la conservation des acquis les préoccupent également comme le désir de les partager avec le plus grand nombre possible de travailleurs syndiqués ou non syndiqués.

La table est mise

En débutant sa conférence sur le thème « Pour en finir avec ces mythes sur la syndicalisation et ses impacts sur l’économie et la société », Gregor Murray a brossé à grands traits le contexte dans lequel évolue aujourd’hui le mouvement syndical québécois. Un contexte marqué par la mondialisation, la recherche de flexibilité, le projet politique néolibéral qui veut réduire la portée de l’État, en choisissant les voies de la privatisation, de la sous-traitance.

« Nous vivons une longue marche vers l’affirmation des droits, plus d’égalité entre femmes et hommes, plus de richesses, plus d’opportunités, mais en même temps, nous vivons plus d’insécurité, d’inégalités, d’injustices avec l’effritement de l’emploi stable, les pressions pour réduire les services étatiques, la polarisation de la richesse. Ce paradoxe est au cœur même du projet syndical », explique-t-il.

Ce contexte a des impacts sur le secteur privé, que l’on pense à l’internationalisation de l’économie, la fragmentation de l’entreprise notamment par la sous-traitance et la désarticulation rentabilité-productivité. « Avant, il suffisait que l’entreprise soit productive, cela signifiait des investissements, le maintien des emplois. Aujourd’hui, on ferme même des lieux superproductifs parce qu’on est dans une économie financière. Les marchés boursiers évaluent les têtes (heads count) à l’emploi des grandes entreprises, des multinationales, quand elles mettent des gens à pied, la valeur de leur action grimpe, c’est aussi pervers que ça », déplore Gregor Murray.

Le secteur public dans lequel une nouvelle gestion s’est développée, est lui aussi touché. Le projet néolibéral vulnérabilise les services publics, pourtant, affirme-t-il, la population adore les services publics, santé, éducation, garderie, elle est même prête, comme le démontrent les sondages, à payer plus d’impôts pour les garder. « Le secteur public dispose d’une arme secrète. Si, comme état, j’ai 100 millions de dollars à investir, je peux l’emprunter à un meilleur taux d’intérêt que le privé et quand j’organise un service, je n’ai pas besoin de faire un bénéfice. Dans l’ensemble, le secteur public sera toujours plus efficace, plus rentable que le privé. »,

Face à des employeurs plus internationalisés, préoccupés par les standards de performance, mais aussi plus incohérents, plus arbitraires et particulièrement stressés, les travailleurs ont vu leur charge et leurs heures de travail augmenter. Ils souffrent davantage d’épuisement professionnel, de problèmes de santé, ils disposent peut-être de plus de revenus, mais ils vivent une plus grande insécurité, à tel point que Gregor Murray se demande si la qualité de vie au travail ne s’est pas globalement détériorée.

Et le syndicalisme?

Le visage des syndicats s’est, lui aussi, modifié avec la coexistence de différents groupes d’âge, qui affichent des valeurs différentes, ce qui engendre des tensions intergénérationnelles, la diversification des statuts d’emploi, la montée de l’individualisme et du sauve qui peut.

Gregor Murray constate que, le taux de syndicalisation, trois fois plus élevé dans le public que dans le privé, plafonne au Québec. « Le plus grand groupe au Québec, c’est celui des salariés non syndiqués du secteur privé. Ce n’est plus la négociation collective qui dicte les normes du travail, elle a perdu de son efficacité. On remarque également une fragilisation des moyens d’action et des structures syndicales. »

Long déclin ou opportunité dangereuse

Selon les membres de syndicats qu’il a interrogés, l’élément déclencheur de la syndicalisation, c’est la dignité. Pour plus de la moitié, le syndicat est une police d’assurance contre le traitement arbitraire. Viennent ensuite les augmentations salariales, l’avantage salarial syndical, par rapport aux milieux non syndiqués, varie de 5 à 15 %. À cela s’ajoutent de meilleurs bénéfices sociaux et la réduction des écarts salariaux au sein d’une même entreprise.

« C’est un mythe de croire qu’une entreprise syndiquée cesse d’être concurrentielle et va faire faillite. Sur les plans de la rentabilité et de la compétitivité, l’effet syndical est à peu près neutre. Par contre, une entreprise, dans laquelle les travailleurs gagnent un meilleur salaire, va attirer des gens plus qualifiés, connaître un roulement de personnel moindre, devra mieux utiliser la main-d’œuvre, et, en ayant une structure salariale plus égalitaire entre les différents groupes de son personnel, elle s’assurera  de leur loyauté », fait-il remarquer.